Nous enseignons ce que nous avons
le plus besoin d'apprendre.
~ Richard Bach
 
 
André Bastien
S’OPPOSER: un travail à temps plein pour les adolescents

Ce texte est une réflexion sur l’atelier du même nom, donné par Henri-Charles Baudot et Johanne Reeves, dans le cadre du colloque annuel de Générations, le 21 novembre 1997.

Afin d’éviter les confrontations stériles et les escalades de mots blessants, il est essentiel de prendre un certain recul afin de comprendre la réalité de l’adolescence. Une excellente façon de faire cet exercice est de se SOUVENIR!

En fait, nous le savons, l’adolescence est le passage de l’enfant vers le monde adulte: tout un exploit! L’adolescent ressent alors le besoin de se développer une personnalité, une identité qui lui est propre. C’est pourquoi il adoptera, au fil des semaines ou des mois, attitudes, tenues vestimentaires, chevelures et goûts musicaux différents, parfois même carrément opposés à ceux des parents?

Les adolescents ne s’opposent pas dans le seul but de s’opposer: ça, c’est de la politique...Ils ont des raisons profondes de le faire; le texte qui suit vous propose les principales, sans pour autant prétendre que ce sont les seules.

Remise en question des valeurs acquises

De la naissance à l’adolescence, l’enfant acquiert un grand éventail de valeurs. Ces valeurs sont, pour la plupart du temps, les nôtres que nous lui transmettons grâce à nos contacts quotidiens avec lui. L’enfant, étant continuellement exposé à nos valeurs, les accepte et les assimile.

Or, il arrive à l’adolescence avec ce bagage hérité de ses parents, d’un monde d’adultes qui ne “comprennent pas” son univers...

Il n’est que normal qu’il veuille s’approprier ces valeurs, les faire siennes. Mais avant de les accepter, il devra les valider: pour ce faire, il les remettra en question.

Quête d’identité

LA phrase qui fait “suer” un adolescent. Comme s’il ne pouvait pas être lui-même.

En fait, nous le savons, l’adolescence est le passage de l’enfant vers le monde adulte: tout un exploit! L’adolescent ressent alors le besoin de se développer une personnalité, une identité qui lui est propre. C’est pourquoi il adoptera, au fil des semaines ou des mois, attitudes, tenues vestimentaires, chevelures et goûts musicaux différents, parfois même carrément opposés à ceux des parents.

Cette quête d’identité est essentielle afin que l’adolescent devienne un adulte équilibré, avec une personnalité et un caractère qui lui sont propres et avec lesquels il se sent confortable.

Comparaison avec des pairs

“Ça me tente pas d’aller au chalet en famille...”

Dès lors, plusieurs parents concluent que l’adolescent n’aime plus ses parents, sa famille. Mais ce n’est pas une question d’amour, mais de vie.

C’est connu, l’adolescent passe de plus en plus de temps avec les amis; on entend souvent dire qu’il néglige sa famille. Or il n’en est rien! Il a été avec sa famille pendant 11-12 ans: c’est tout à fait normal qu’il s’en éloigne afin de se comparer avec des gens de son âge. Il a besoin de comparer ses goûts, ses projets, son caractère, sa vision des choses. Il a besoin de sentir une appartenance et c’est avec d’autres adolescents que cette dynamique se concrétisera.

En s’opposant à ses parents, l’adolescent teste les limites: celles de ses parents, mais aussi les siennes. Et, souvent, de l’opposition naît l’art de la négociation.

Cette négociation fournit à l’adolescent des outils de vie précieux qu’il emportera avec lui dans sa vie d’adulte. Respect, contrôle de soi, logique, expression des sentiments ne sont que quelques exemples d’outils que nous pouvons, en tant que parents, l’aider à acquérir en jouant avec lui le jeu de la négociation.


Il est bien de connaître les raisons qui poussent les adolescents à s’opposer. Mais comment réagir lorsqu’ils le font? Combien de fois nous sentons-nous dépourvus et même agressés par leur comportement parfois frondeur?

Heureusement, il existe plusieurs outils à la disposition des parents. Ces techniques d’intervention ne sont pas garanties; il est fortement recommandé d’y ajouter de la patience, de l’ouverture d’esprit et, surtout, de l’humour!

Accepter l’opposition

L’acceptation du phénomène d’opposition de la part des adolescents relève davantage d’un état d’esprit que d’une technique. Cependant, sans cette ouverture, aucune technique, si sophistiquée qu’elle soit, ne rendra un parent apte à intervenir efficacement auprès de l’adolescent.

Reflet de sentiments

Cette bonne vieille technique consiste à reformuler et retourner à l’interlocuteur le sentiment qu’il cherche à exprimer. Elle permet au parent, lorsque bien mise en pratique, d’aider l’adolescent à préciser ses idées et ses émotions. Elle ouvre aussi une porte sur le dialogue parent-enfant, en plus de permettre de cerner la véritable raison de l’opposition.

Ainsi, un parent demande à son fils de sortir les poubelles. Ce dernier répond qu’il n’a pas le temps, il sera en retard à l’école. Pourtant, le parent sait que son fils a encore une bonne demi-heure devant lui. Si le parent commence une discussion sur l’horaire, la gestion du temps et le partage des tâches ménagères, il se pourrait fort bien que l’enfant arrive en retard à l’école...

Cependant, si le parent lui dit tout simplement: ”Je comprends que c’est embarrassant d’être en retard”, il y a de bonnes chances que l’adolescent lui réponde que non, ce n’est pas ça, c’est juste qu’il trouve injuste le fait qu’on demande toujours à lui et jamais à son frère plus jeune...

Prioriser

Il arrivera souvent qu’à l’intérieur d’une conversation dite d’opposition, l’adolescent fera part au parent de plusieurs “reproches”, parfois sur un ton accusateur. “Tu veux que ma chambre soit toujours propre, tu détestes mes amis, tu ne veux pas que je m’amuse, tu n’aimes rien qui m’intéresse...”.

Le piège, et c’en est un, consiste à tenter de régler (ou de réfuter) tous ces problèmes en même temps. MISSION IMPOSSIBLE.

Avec l’aide de l’adolescent, il faut déterminer quel est le problème prioritaire: celui qui représente la plus grande urgence. Ce faisant, la discussion prend alors une direction plus précise et, souvent, le fait de s’occuper du souci prioritaire fait en sorte que tous les autres qui en dépendaient se trouvent réglés.

S’exprimer au “Je”

Il est important, lors de nos échanges avec nos ados, d’exprimer nos sentiments, nos émotions. Les mots, ainsi que la façon dont nous les utilisons, peuvent avoir un pouvoir créateur, mais aussi destructeur.

Par exemple, si l’enfant rentre à la maison à une heure trop tardive à notre goût, si on lui dit: “Tu es en retard, tu ne sors pas demain!”, il se peut fort bien qu’une discussion pleine de “Pourquoi?” s’ensuive. Par contre, si on lui dit que nous sommes inquiets pour sa sécurité, il peut nous rassurer, ou négocier une heure qui serait raisonnable pour les deux parties.

Responsabiliser l’adolescent

Nous sommes souvent appelés à négocier avec les adolescents. Permissions, vêtements, coiffure, télévision, etc. Les occasions ne manquent pas. Mais négocier avec un ado ne veut pas dire l’écouter et, ensuite, lui prouver que nous avons raison!

Dans chacune de nos négociations, nous devons lui faire de la place, tout en gardant la nôtre. Nous devons non seulement l’entendre, mais aussi l’écouter et prendre le temps de bien saisir son point de vue.

La négociation, et l’entente qui en découlera, représente l’occasion idéale de responsabiliser l’adolescent. S’il sent qu’une partie de la solution provient de ses idées, il améliorera sa confiance en lui, tout en devenant responsable de respecter l’entente négociée. Il va sans dire que nous aussi, nous devons la respecter!

Privilégier la relation

“Combien de fois va-t-il falloir que je te dise de faire le ménage de ta chambre?”

Familier, n’est-ce pas? En effet, quel parent ne rêve pas de voir la chambre d’un adolescent propre et bien rangée? Le vôtre fait sa chambre et son lit de façon assidue? Il est l’exception qui confirme la règle!

La chambre d’un adolescent constitue son univers, son royaume par lequel il peut s’exprimer. Or l’adolescence est l’étape de vie où les idées sont en effervescence et où l’enfant déborde d’énergie; il est normal que sa chambre reflète cet état.

Posez-vous la question suivante: est-ce que je préfère une chambre propre assortie d’une relation tendue et orageuse, ou une relation saine teintée d’harmonie au prix d’une chambre d’adolescent (en désordre)? Si vous optez pour une relation de qualité, vous pouvez toujours fermer sa porte...

Prendre un temps d’arrêt

Il arrivera toujours des situations face auxquelles nous nous sentirons perdus ou démunis; c’est normal, nous sommes humains.

Nos adolescents possèdent cet énorme talent qui consiste à nous prendre hors d’équilibre, comme demander une permission urgente devant la visite, faire signer un billet d’absence pendant que nous sommes au téléphone ou encore utiliser à leur profit une phrase que nous avons prononcée il y a six mois.

Nous ne pouvons pas toujours répondre instantanément à leurs attentes. Lorsque nos limites sont atteintes, nous devons le reconnaître et nous accorder un temps d’arrêt. En lui disant que nous prendrons sa demande en considération et que nous lui reviendrons avec une réponse à un moment précis, nous enseignons à l’adolescent la patience, en plus de lui faire réaliser que tout n’est pas instantané et que les priorités des parents possèdent aussi leur importance.

Le temps d’arrêt nous permet de prendre un certain recul afin d’évaluer la demande avec davantage de détachement.

André Bastien
parent-responsable
Parentraide Saint-Jean